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Sport - 21/03/11
« J’ai commencé à skier puis à marcher »
Jason Lamy-Chappuis, Oslo (Norvège) 2010/Christophe Paillot, Agence Zoom

Jason Lamy-Chappuis, Oslo (Norvège) 2010/Christophe Paillot, Agence Zoom

Jason Lamy Chappuis, champion olympique, champion du monde et double vainqueur de la Coupe du monde de combiné nordique.

Il a tout juste 24 ans et tout d’un grand. Déjà champion olympique et champion du monde, Jason Lamy Chappuis, lié par un contrat de partenariat avec la Région Franche-Comté depuis 2008, a conquis le 11 mars 2011 son deuxième Globe de Cristal consécutif. La cerise sur le gâteau qui l’installe définitivement dans le gotha des sports d’hiver, aux côtés des Jean-Claude Killy (ski alpin), Edgar Grospiron (bosses) et Fabrice Guy, autre franc-comtois sacré en combiné nordique il y a presque vingt ans.

Une belle histoire
Voici l’histoire d’un garçon qui a toujours eu envie de voler… Aujourd’hui installé en Franche-Comté, le sportif fait ses premières glisses à l’âge de cinq ans aux États-Unis, patrie de sa mère, où il est né. La famille s’établit un temps dans le Colorado puis choisit finalement les montagnes de Bois d’Amont, village de son père jurassien. Jason pratique le ski de fond avec ses parents, le Jura lui offre un magnifique terrain de jeu.
A 7 ans, un copain de classe l’invite à faire un saut à ski aux Rousses.  Jason le casse-cou s’en réjouit, saute, et trouve là une source d’excitation incomparable. L’enfant-vole était né. « Tous les vendredis, j’avais un entraînement en saut. Dans les compétitions, je privilégiais le saut, puis le ski de fond, puis le ski alpin. Ce qui faisait des hivers assez chargés. » Jason n’a pourtant pas froid aux yeux. Bon en saut, bon en ski de fond, il pratique le combiné nordique qui mêle les deux disciplines. Un sport peu connu, « nous devons être en France une grosse vingtaine, c’est tout ». Le déclic, Jason l’a connu à Chaux-Neuve, dans ce petit village du Haut-Doubs où se déroule depuis 1996 une épreuve de la Coupe du Monde de combiné nordique. « J’y suis allé tous les ans, et c’est là-bas que j’ai eu envie de faire du haut niveau. Des foules énormes se déplaçaient pour Fabrice Guy ou Sylvain Guillaume, je me souviens des cocoricos lancés par le public pour encourager les Français. Il n’y a que le sport qui fait vibrer les gens comme ça. » 
En 2009, c’est au tour de Jason de faire vibrer le public : notre champion participe pour la première fois de sa vie à la coupe du monde de Chaux-Neuve. Un rêve éveillé. Cette même année, il est également présent aux Championnats du Monde de Liberec en République Tchèque et ramène deux médailles de bronze.

Les rêves réalisés
La suite est à l’avenant : depuis plus de dix ans, le prodige prend régulièrement son envol sur les tremplins du monde entier et cumule les victoires. Son plus joli saut (Jason a détenu le record en 2007 avec un saut de 209 mètres), c’est sur un tremplin de vol à ski qu’il l’a réalisé. « En combiné, nos tremplins font 120 mètres ; en vol à ski, les sauts se font sur un tremplin de 200 mètres. C’est en Slovénie que je suis resté le plus longtemps en l’air : 7 secondes. » Comptez dans votre tête : 7 secondes c’est long. « Voir sous nos pieds défiler les lignes qui représentent les mètres est une sensation incomparable. Quand on saute, on est nous-même, juste un corps en l’air sans moteur, sans voile. Seul, comme un oiseau. » Oui, il l’avoue, il aurait aimé être un oiseau. Un aigle, en clin d’œil à son pays natal, un aigle surtout pour son tempérament calme et concentré.
Depuis la saison 2009-2010, le Bois d’Amonnier a réalisé tous ses grands rêves : glaner l’or olympique à Vancouver, puis devenir champion du monde à Oslo, un lieu mythique du combiné (« C’est un site magnifique, mon préféré ! »). Pour faire bonne mesure et prouver, si besoin était, qu’il domine vraiment la concurrence, il a donc ajouté à sa collection un deuxième Globe de Cristal consécutif. C’est le signe que le garçon sait se remettre en question. Il pourrait se montrer rassasié après tant de succès. Ce n’est pas le cas.
"Jez" ne manque jamais d’associer à son succès Nicolas Michaud, l’actuel patron du combiné et du saut français (« il me suit depuis que j’ai huit ans »). De même, il mesure la chance de pouvoir s’entraîner en Franche-Comté. « On est des privilégiés. Le terrain de jeu est tellement complet qu’on peut vraiment tout faire : du ski nordique, de l’alpin, de la randonnée, du VTT »
Du haut d’un palmarès hors du commun, qui ne demande qu’à s’étoffer encore, comment envisage-t-il la suite ? Devenir entraîneur ? « Je ne sais pas, c’est encore loin. J’essaie déjà de donner de moi-même quand je rencontre des enfants. Quand je suis invité dans les écoles primaires, je suis impressionné par la lueur dans leurs yeux. Quel plaisir de les entendre dire "Jason, je veux faire du saut plus tard !" J’ai l’impression de me voir à leur âge. » 

Mise à jour en mars 2011.

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