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Agriculture
« Nous sommes dans un coin trop beau pour ne pas être partagé »Marguerite Pierrel, agricultrice retraitéeC’est peu dire que l’enfance de Marguerite Pierrel a été pénible. On peine à imaginer les années sombres de la vie de cette femme aujourd’hui retraitée et heureuse comme un coq en pâte dans sa ferme de Château Gaillard, à Genevreuille. Et pourtant… A 13 ans Marguerite travaille à la ferme, et à 17 ans elle suit une formation pour devenir aide familiale. Son tempérament opiniâtre lui vaut d’être sollicitée pour régler des situations à problème. A 20 ans, elle se marie et travaille dès lors avec son époux dans son exploitation agricole qui compte des vaches laitières. Marguerite se mobilise rapidement pour défendre les intérêts des petits paysans. Elle suit même une formation en comptabilité puis en informatique pour inciter les exploitants à tenir seuls leurs comptes et à être ainsi moins dépendants. Mais en 79, catastrophe : les vaches tombent malades, le troupeau est abattu. Le couple connaît néanmoins un répit en acceptant un contrat sur 5 ans et touche alors des primes pour la non-commercialisation du lait, servant de fait à nourrir les veaux. Puis arrivent les quotas dont, au départ, personne ne voulait. Ceux qui, comme Marguerite, ne vendaient pas leur lait ne pouvaient en bénéficier. Ce système signait leur arrêt de mort, et en effet, en 87, la banque leur annonce la vente de la ferme.
« Tant qu’à mourir, je voulais mourir debout. » Marguerite ne se laisse pas abattre. « Il y avait trois fermes dans notre cas : une en Bretagne où le paysan a fini dans un asile psychiatrique, une en Normandie, l’agricultrice s’est noyée dans son tank à lait, et nous. » Un espoir renaît quand Marguerite apprend le passage de François Mitterrand à Luxeuil-les-Bains. Coûte que coûte elle veut lui parler. Elle se débrouille alors pour passer les barrières de sécurité et se jette au milieu du podium. Elle est bloquée à terre, mais le Président demande à Jean Glavany de la conduire jusqu’à lui. « Vous graciez bien les condamnés à mort, lui ai-je dit. Alors graciez-nous. » S’en suit un combat acharné. « Je me suis rendue compte qu’il y avait 610 fermes dans notre cas. Quitte à me bagarrer, alors ce serait pour les 610 ou rien. » Une lutte qui a plus ou moins porté ses fruits. En 1996, cherchant sa liberté, Marguerite quitte son mari. Elle trouve d’abord une place comme auxiliaire de vie auprès d’une vieille dame puis peu à peu s’épanouit. Sa nouvelle vie commence. En 2000, Marguerite et son nouveau mari – un compagnon de longue date – portent leur dévolu sur la petite ferme adorable de Château Gaillard. Trois ans plus tard, ils ouvrent le gîte et créent les emplacements pour le camping. La ferme est labellisée « Accueil paysan », un réseau dans lequel Marguerite s’est investie : elle en est la présidente au niveau régional. Le lieu est très prisé et les vacanciers jouent le jeu : « C’est une philosophie, l’idée est de partager le travail de la ferme, ses soucis ou encore le soin apporté à la protection de l’environnement. » La ferme accueille également des enfants, au plus grand bonheur de cette femme aussi sensible que cabocharde. Et inversement.
Pour en savoir plus découvrez le site de Marguerite Pierrel
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