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« Nous faisions du développement durable bien avant l’heure »

Jean-Guy Henckel/DRoits réservés

Jean-Guy Henckel/DRoits réservés

Jean-Guy Henckel, directeur national du Réseau Cocagne

On a beau avoir sous les yeux le tout récent livre Dans un pays de Cocagne, entretien avec Jean-Guy Henckel*, rien n’y fait : on a tout de même envie de le rencontrer. A notre décharge, nous ne sommes pas les seuls : depuis le début de l’aventure des Jardins de Cocagne, les médias se sont rués sur l’histoire de ce Franc-Comtois. On redoute cependant que Jean-Guy Henckel ne soit lassé de parler. Pas du tout. C’est bien volontiers qu’il nous consacre de son temps, avant même d’avoir bu son café du matin.

Né à Montbéliard en 1955, il passe les 10 premières années de sa vie à Onans. Son père travaille chez Peugeot. « Normal ». Jean-Guy est un mauvais élève. Disons qu’il s’ennuie à l’école. « J’étais un gâcheur de fête, un meneur, un gréviste : je me suis fais renvoyer juste avant de passer le bac. » Que faire dans les années 70 quand on a pour seule passion la musique ? « J’avais envie de tout faire sauf de travailler chez Peugeot. D’y penser me glaçait d’effroi. J’ai trouvé refuge à la Maison des Arts et des Loisirs de Sochaux, et j’y ai découvert le théâtre. » C’est pourtant vers le travail d’éducateur qu’il se dirige. Il fait différents stages et rencontre des ados inadaptés, des délinquants, des jeunes filles en voie de prostitution mais c’est auprès des adultes qu’il trouve sa place, au centre d’hébergement de l’Association Javel à Besançon.

« Nous étions en 73/74, une nouvelle forme de pauvreté apparaissait, le centre accueillait un nouveau public. A cette même époque naissaient des projets d’insertion par l’économie. Avec l’association Javel, nous avons créé une menuiserie, qui aujourd’hui embauche toujours une quarantaine de personnes. » Devant la tâche qui s’annonce, Jean-Guy Henckel décide de reprendre ses études et passe un DESS d’ingénieur social. La fin des années 80 arrive, le RMI est mis en place : « on découvre toute une population pauvre jusqu’alors inconnue des services sociaux. Ainsi, en Franche-Comté, près de 400 agriculteurs se sont déclarés : ils n’avaient pas d’autres sources de revenus. » Pourquoi ne pas travailler la terre tout en créant un dispositif social ? Telle est l’idée des Jardins de Cocagne, une formule développée en Suisse et qui va inspirer Jean-Guy Henckel. Il créé en 1991 un premier Jardin à Chalezeule près de Besançon. « Nous faisions bien avant l’heure du développement durable, sur un projet à la fois social, environnemental et économique. » Un projet, nous l’avons dit, qui séduit les médias.

Une dépêche AFP, une histoire qui plait et le succès s’installe. Journaux, presse spécialisée, télés, tous s’arrachent l’histoire des Jardins de Cocagne. Ce qui donne un sacré coup de pouce au projet : « Avant de passer aux 20 heures de PPDA, les paysans rigolaient bien ; après ils nous respectaient. » Les Jardins font également des émules : « de partout on nous appelait pour reproduire le modèle. On a alors choisi de mettre en place un réseau avec 4 règles incontournables : être à vocation d’insertion sociale et professionnelle, pratiquer uniquement le bio, proposer les légumes auprès d’un réseau d’adhérents et lier des relations étroites avec le secteur professionnel de l’agriculture biologique. »

Aujourd’hui, il existe une centaine de Jardins qui emploient 3 500 personnes pour un réseau de 17 000 adhérents. Il se crée une dizaine de Jardins par an, mais le Réseau de Cocagne prend tout son temps : « il faut deux ans pour monter un Jardin, nous ne faisons jamais rien dans la précipitation. » Jean-Guy Henckel continue également à chercher de nouvelles formes d’insertion par l’économie : ainsi a-t-il repris en 2007 Planète Sésame, de la restauration assurée par les femmes des quartiers et, actuellement, il expérimente en Avignon les Fleurs de Cocagne. Deux activités qui s’ouvrent aux femmes, à qui on a tendance à proposer, dans la réinsertion, que des travaux de ménage. Enfin, Jean-Guy Henckel espère créer un « super jardin » en Ile-de-France, un Jardin de Cocagne à grande échelle.

La fin de l’entretien arrive – vite un café – et on quitte le franc-comtois avec le sentiment qu’il a planté un haricot magique, dans son pays de Cocagne.

www.reseaucocagne.asso.fr

*Dans un pays de Cocagne, entretien avec Jean-Guy Henckel, 2009, éditions Rue de l’échiquier

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